Quand la Ville de Moscou m'a invitée, le délai était très court et j'ai donc tout de suite commencé à rassembler des idées et réfléchir à ce que je pourrais faire comme illuminations dans un parc.

En griffonnant dans mon carnet des ornements pour troncs j'ai pensé que ce serait plus intéressant d'écrire des mots lumineux plutôt que de dessiner des motifs qui auraient été jolis mais n'auraient pas eu de sens particulier.

Le parc Bauman se prête bien à ce projet car il a en son cœur un espace très dense d'arbres pour créer une petite forêt de mots que l'on peut associer les uns aux autres en russe, français et anglais. Dans d'autres recoins les mots auront du sens pour ceux qui les fréquentent : par exemple j'ai semé quelques mots d'amour dans un coin du parc où se retrouvent les amoureux, des arbres souhaitent bonne chance aux joueurs qui se rendent au club d'échecs… Ce sont des mots positifs, qui font plaisir, qu'on a envie d'entendre ou de chuchoter, qu'on peut envoyer comme message en se photographiant avec. J'y ai ajouté des lampes qui scintillent dans les branches pour relier le bas et le haut, pour que ce ne soit pas que les troncs qui soient mis en valeur mais qu'il y ait un peu de ciel étoilé au-dessus. Cela donne un petit côté magique au parc tout en restant sobre. D'ailleurs j'ai aussi choisi une seule couleur, le blanc, comme la neige, parce que c'est plus chic et plus poétique que d'avoir des mots de toutes les couleurs qui auraient ressemblé à des enseignes commerçantes. Je voulais que ce soit une illumination poétique et ludique, où l'on se promène en s'amusant à chercher les arbres-mots.


Ce projet a aussi un sens plus personnel, je pense que les idées cherchent des racines pour s'ancrer et ces racines ce sont les histoires privées qui forment la psychologie des artistes. Peu importe ces histoires car ce qui compte c'est comment une création va toucher chaque personne et ce qu'elle ressentira. Le langage de l'âme n'a pas besoin de mots ! On ne connait pas toujours la généalogie d'une idée mais je sais que celle-ci vient de ma langue maternelle. Bien que je sois née à Paris et ma mère aussi, ma langue maternelle a été le russe jusque 4 ans. Après je suis allée à l'école et j'ai tout oublié. Mais parfois j'entends des mots en russe dans ma tête, que je ne comprends pas. J'entends aussi des mots anglais bien que je le parle mal, et je pense à ma grand-mère qui est née par hasard en Angleterre quand le bateau d'Odessa sur lequel travaillait mon arrière-grand-père a été vendu. En venant pour la première fois sur la terre de mes ancêtres, les mots cherchent leur chemin, ils sont comme les réminiscences d'une émigration. Des bribes d'un langage perdu.

Que ces mots vous soient doux comme ceux d'une mère pour son enfant.

 

[note d’intention]  [images]  [montage]  [partenaires]